Chapka

Publié le par Catherine Picque

Chapka

La chapka bien vissée sur les oreilles, je suis bien rangée en rang d'oignons avec mes quelques congénères survivants de notre système familial totalitaire. Les caractères cyrilliques inscrits au fronton de la construction que nous surplombons ne forment pas le surnom du héros de la révolution d'Octobre. Aux thèses d'Avril, se substitue le roman familial qui a accompagné mon enfance. Je suis la deuxième fille, aimée et désirée de deux êtres sensibles et déchirés qui n'ont pas pu continuer à former une famille unie. Ils m'ont alors transmis pour mission fardeau de cimenter tous les électrons libres de notre galaxie familiale. Depuis tel un Youri Gagarine confit dans son héroïsme, je dois parader dans les réunion familiales. Mes diplômes, concours, mariage heureux et enfants parfaits agrafés sur mon uniforme de fille de divorcés, épanouie. Preuve vivante que la séparation parentale, n'a en rien entamé mon potentiel d'épanouissement personnel.

Mais le poil de zibeline de mon couvre-chef de héros cosmonaute m'irrite de plus en plus. Je n'ai plus envie d'honorer la momie qui est sous mes pieds. J'éprouve un besoin irrépressible de transparence. L'ère de la glasnost s'est ouverte grâce au premier rapport secret livré par ma sœur, avant de disparaître emmenée par le crabe. Un autre enfant aurait dû être le deuxième de ma fratrie. On l'a fait passer à cause de l'incapacité de ma mère dépressive à assumer sa grossesse. Je fus l'enfant rustine, qui devait réparer cette perte. Dans mes langes, la feuille de route était aussi ambitieuse, que celle de la paix au Proche-Orient. Pas étonnant, que je sois aussi harassée que Yasser Arafat à Ramallah, devant la tâche qui m'a échue. Comment être l'enfant parfait qui effacera la nakba ? Qui redonnera espoir et honneur à une mère déchue ?

Publié dans Autofiction

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