Atoll

Publié le par Catherine Picque

Atoll

Une île haute, née de la fracture de la croûte océanique laissant s'échapper du magma en fusion, se figeant au contact de l'eau de mer. Je suis, le résultat de l'alliance de la furie tellurique et de l'inertie de la masse océanique. D'années en années, mon sommet s'est rapproché des nuages qui ont arrosé mon enfance. Cette pluie de larmes a permis à mes scories de se transformer en humus et aux lichens ont succédé des fougères, des lianes et des mêmes des arbustes.

Toute cette végétation a évapotranspiré et permis à la pluie de continuer à se précipiter sur mon île déserte, qui petit à petit s'est peuplée.

Il a fallu trouver le juste équilibre entre les flots nécessaires pour que mes pentes soient de moins en en moins sèches et stériles et l'excès d'eau douce qui aurait pu tuer les petits polypes de corail qui essayaient de se fixer autour de mes fondements. La fréquence de mes tourments atmosphériques diminuant, mes flancs sont devenus féconds. Je suis désormais ceinturée d'une descendance corallienne qui fait de moi une île tropicale, entourée d'un lagon quasiment exempt de dangers où la vie s'écoule dans une langueur exquise. Mais maintenant que j'ai accompli ma destinée, je m'enfonce dans l'océan, je rejoins la sérénité du liquide salé dont j'ai émergé. Je reviens aux origines et je peux contempler mon œuvre d'en bas, ma descendance qui croît et forme un atoll limpide,à l'abri de la lave brûlante et des nuées ardentes de mon enfance.

Publié dans Autofiction

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