Philibert. Le secret du Tupa 4

Publié le par Catherine Picque

Philibert, la première fois qu'elle l'avait rencontré dans un rêve, elle avait six ans, et elle n'avait pas tout de suite compris pourquoi, il avait une perruque et que ses chaussures avaient des talons carrés.

Mais à part ces incongruités vestimentaires, il lui avait paru très familier, presque enfantin, malgré la trentaine.

Avec ses sourcils froncés et son petit air buté, il ressemblait à un petit garçon appliqué lorsqu'il dessinait jusqu'à la perfection l'appareil reproducteur d'une plante, ou qu'il escaladait à quatre pattes une falaise pour atteindre un specimen rare. Car son métier, elle ne savait pas comment appeler ça autrement, consistait à parcourir le monde sur un grand bateau à voile et à chercher sur toutes les terres émergées des nouveautés naturelles. Quelques années plus tard, en cours d'Histoire, elle comprit que son compagnon de la nuit était un botaniste du XVIIIème siècle. C'est alors qu'elle envisagea de faire le même métier que lui, même si bien sûr, elle ne comptait pas s'engager dans un voyage de circumnavigation au risque de perdre toutes ses dents à cause du scorbut. Aussi étrange, que cela puisse paraître, Maeva ne s'était pas interrogée sur l'identité réelle de son ami nocturne. Elle pensait sûrement que tous les enfants avaient ce genre de compagnon, ou tout au moins ceux qui avaient perdu leur papa ou leur maman. En effet, Philibert lui était apparu quelques nuits après l'enterrement de sa mère Tiare Nui. Il était assis sous un cocotier, son épée repliée sous ses jambes, et il traçait des lettres sur le sable. Au début, elle ne parvenait pas à déchiffrer ce qui était écrit, non seulement les doigts du jeune homme lui cachaient le message aréique, mais elle commençait à peine à savoir lire. Il prononça alors avec douceur, ce qui deviendrait leur code de reconnaissance : "Si tu crois que je suis là pour toi, je reviendrai à toi".

Son ange gardien était donc revenu à chaque fois que la petite fille l'avait appelé, le soir blottie au fond de son lit, à l'aide de cette formule. Elle avait entrepris de faire toute la lumière sur ce lien si étrange et unique qu'elle entretenait avec ce gentilshomme du XVIIIème siècle, quand il y a quatre ans, sa tante Hina lui avait révélé, qu'il était apparu à un membre de sa famille à chaque génération. Maeva avait profité d'un séjour à Papeete, pour aller entre un rendez-vous chez le dentiste et une séance de shopping, aux archives du Pacifique. Elle avait farfouillé dans de nombreuses fiches biographiques et avait pu reconstituer une partie de la vie de Philibert Commerson et surtout découvrir l'existence d'une protagoniste inconnue : Jeanne Barret. Une jeune femme qui n'avait pas froid aux yeux et qui devait l'aimer très fort son botaniste entêté. Elle s'était embarquée en 1766, en tant que valet sur la Flute l'Etoile qui faisait partie avec La Boudeuse de l'expédition commandée par Monsieur de Bougainville. C'est à Tahiti que son imposture avait été découverte par Aotourou.

Publié dans Roman policier

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