Tatouages Le secret du Tupa 5

Publié le par Catherine Picque

 

Les mollets du jardinier Marquisien étaient en extension et les muscles tendus faisaient saillir les angles des dessins géométriques des tatouages qui recouvraient ses jambes. Ses membres étaient tellement massifs qu'ils faisaient penser à des tikis taillés dans des troncs de cocotiers, où des motifs ancestraux auraient été inscrits à l'encre.

Maeva guidait les gestes de Taputu pour l'aider à attraper les pommes-étoiles avec l'épuisette fixée la saison dernière, par Désiré, au bout d'une canne de bambou. Sous prétexte d'obtenir son aide pour la cueillette de ces fruits hauts perchés, elle avait interpellé le jeune Marquisien à travers la haie d'hibiscus qui séparait son jardin de celui de Monsieur Peterson, le directeur de l'hôpital qu'il avait retrouvé mort quelques jours plus tôt à plat ventre dans un massif d'oiseaux du paradis. Le feuillage vert foncé conservait encore l'empreinte du corps, comme celle laissée, à l'aube sur des draps froissés. Maeva avait essayé d'être la plus naturelle possible pour amener Taputu à parler de sa découverte macabre.

Contre toute attente, le jardinier, d'habitude si peu disert avait tout de suite entamé un récit des événements qui avaient provoqué l'émoi sur toute l'île de Raïatea. Depuis quelques, il devait pourtant l'avoir répété de nombreuses fois. Tout d'abord à la gendarmerie, puis à la famille de Monsieur Peterson, et enfin à tous les curieux qui ne manquaient pas dans la micro société insulaire. La jeune demie était gênée d'être assimilée à ses congénères avides de sensationnel, mais le naturel du jardinier dissipa son malaise. Il semblait soulagé de partager cette découverte, comme si chaque nouveau récit en diluait un peu plus l'intensité dramatique. A la fin de son monologue circonstancié, Maeva rajouta une question idiote et banale que la gendarmerie n'avait certainement pas omis de lui poser et qui pourtant sembla troubler le jeune marquisien : « Avait-il découvert un objet autour du corps ? ». Sans quitter ses tongs du regard, il avait secoué la tête et lâché : « Ce matin-là, le jardin était propre, j'avais ratissé la veille ».

Monsieur Peterson était en effet très fier de l'ordonnancement de son jardin, entretenu quotidiennement, qu'aucune feuille morte ne venait perturber. La jeune voisine enregistra cette donnée : l'arme du crime n'avait pas pu être dissimulée aux yeux des gendarmes par un élément végétal abandonné.

 

Publié dans Roman policier

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